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La Suisse

Menu principal > L'avion du Bouveret

La Suisse

Cependant, la vague de bombardiers rencontre un très fort vent du sud-ouest qui donne passablement de fil à retordre aux navigateurs et pilotes. Cette météo des plus capricieuses pousse certains équipages loin au nord du plan de vol initial

A 00h06 (heure suisse « standard », soit GMT + 1), le détachement de DCA 150 perchée sur les pentes du Mont Tendre observe entre les nuages de l'orage qui s'éloigne, la silhouette noire de bombardiers qui survolent leurs positions à une altitude estimée entre 4'000 et 5'000 mètres. Les postes d'observation signalent plus d'une centaine de survols cette nuit-là. Les canons de 75 mm de fabrication française (Schneider) ont été juchés sur ces hauteurs afin d'améliorer sensiblement leurs capacités. Dès le survol signalé, les trois batteries de DCA ouvrent un feu nourri sur les avions alliés, plus de 400 obus seront tirés en 36 minutes, entre 00h09 et 00h45. La défense de la neutralité est à ce prix.  

A noter que plusieurs bombes furent larguées sur le territoire helvétique dont plusieurs projectiles de gros calibre (certainement des Cookies) ainsi que des bombes incendiaires. Comme nous le verrons plus loin, ces largages intempestifs sont le résultat d'équipages en prise à des problèmes techniques ou ayant de la peine à atteindre l'altitude minimale leur permettant de traverser les Alpes.    

Au milieu du combat qui fait rage, la batterie juchée sur les hauteurs du Jura braque ses 4 projecteurs sur les bombardiers et signale une traînée noire dans le ciel "la preuve indiscutable qu'un réservoir de glycol avait été touché" selon le Cmdt de cette unité. Quelques minutes plus tard, une explosion est signalée en direction de St-Prex - le haut-lac. On relève également une fusée lumineuse de couleur lâché dans la région de Genève : Un avion éclaireur marquait un point de virage pour le flux de bombardier

Quelques minutes avant minuit, les habitants du Bouveret sont réveillés par le bruit d'un avion volant beaucoup plus bas que les autres. La pluie continue de tomber et les éclairs magnétiques zèbrent la nuit noire. Tous sont sûrs qu’il va s'écraser sur le village. Il semble que Badge tourne en rond un certain temps avant que son avion ne lâche une fusée éclairante et percute la montagne à 00h55. Une terrible explosion retentit qui fait voler en éclats toutes les vitres, du Bouveret jusqu’à Montreux, dont le bruit fut entendu jusqu'à Genève. Le fuel enflammé s'écoule par les chables.

Juste après l’explosion, les secours s’organisent pour aller rechercher d’éventuels rescapés. C’est un détachement de la Cp Fus LW II/3, stationnée sur place, qui se mit en marche sous la conduite du Capitaine Massard de la II/3. Spontanément, les pompiers emmenés par M. René Curdy, la garde locale ainsi que des habitants du Bouveret se portèrent volontaires et se joignirent à la troupe.

Equipés de falots-tempêtes, ils mettent près d’1h30 pour rejoindre le lieu de l'accident pour découvrir un spectacle de désolation : toute la forêt a été détruite sur un kilomètre carré, il ne reste pratiquement plus rien de l'avion dont une bonne partie de l'épave a, du reste, été recouverte par l'avalanche déclenchée par l'explosion.

Les seules parties reconnaissables, recouvertes de fuel et de phosphore, continuent de brûler. Monté dans la journée, l’officier de renseignements de la Brigade Montagne 10 décrit la scène ainsi : "...On nous annonce que cinq cadavres ont été trouvés et il y en aurait encore deux qu'on ne peut retrouver. Tout est pulvérisé...".

Quelques minutes plus tard, à 01h02 un second bombardier Lancaster, du 467 Sqn celui-là (l'escadrille soeur du 207 Sqn), s'écrase au-dessus de Thyon, tuant sur le coup le Flying Officer Graham Mitchell et son équipage australien.

A 01h08, le survol des bombardiers au-dessus de la Suisse est terminé.

Le raid du 13 juillet 1943 qui vise le centre de la ville de Turin est le plus violent que la ville ait jamais subi. Ce bombardement se soldera par 792 civils morts et 914 blessés. Il apparaît au débriefing que le gros des bombes est tombé au nord-est de la ville. Plusieurs bâtiments civils et industriels ont subi de sévères dommages. Ainsi, plus de 45 entreprises italiennes et sept églises ont été touchées. La gare a également subit de gros dégâts et les mouvements de trains sont considérablement réduits. Le 15 juillet, les avions de reconnaissance britanniques signalent des incendies qui brûlent encore.

Plus tard, les corps sont descendus par les châbles, dans des tentes militaires. Au matin, la pluie cesse alors que le jour commence à pointer, le Grammont porte les stigmates de la guerre, la forêt fume encore. Il n'y a plus rien à faire

Une fois tous les avions rentrés, la RAF fera ses comptes pour constater que 13 bombardiers manquent à l'appel. A la base de Langar, seul l’appareil de Badge est manquant.  

Inhumation

L’équipage fut inhumé le 15 juillet au cimetière militaire britannique de St-Martin à Vevey avec tous les honneurs militaires. Des camarades internés portèrent les cercueils en terre alors qu'une fanfare militaire suisse jouait la marche funèbre de Bethoveen. A la fin de la cérémonie, après que la fanfare eu sonné la retraite, puis la diane, un peloton militaire suisse tira les salves réglementaires

Tous les journaux de l'époque relatèrent la foule immense qui s’était déplacée pour rendre ce dernier hommage. A part les délégations militaires officielles, on comptait nombre de militaires suisses en service ainsi que de très nombreux civils, à tel point que le cimetière ne permettait pas d'accueillir toutes ces personnes. Bien qu'encerclée totalement par les forces de l'Axe, la population suisse tenait à rendre hommage à ces deux équipages, formés de jeunes gens qui avaient donnés leur vie au nom de la liberté.


Diplomatie

Compte tenu de la gravité de ces incidents : chute de deux bombardiers et nombreux largage de bombes, dégâts etc…, notre Département des Affaires étrangère s’en mêla et adressa une vive protestation officielle à ses homologues britanniques. Un câble parti le soir même à notre ambassadeur en poste à Londres.

Au bout d’un mois, une réponse arriva… notre ambassadeur Turnheer en poste à Londres confirma qu’il avait fait passer le message en des termes choisis. La réponse de son homologue britannique précisait qu’il n’était pas prévu de survoler notre territoire mais que la météo avait pu dérouter des équipages. Enfin, ils se disaient prêts à assumer les coûts inhérents aux dommages relatifs à ce qui aura été prouvé comme découlant de bombes anglaises.

 
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