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Enquête 2010

Menu principal > L'avion du Bouveret

CONCLUSIONS

Lors du briefing, le Meteorological Office de la RAF avait mal estimé la force et la direction du vent sur le tracé du raid. Ainsi, les bombardiers rattrapèrent la dépression en éloignement sur le continent européen et durent composer avec un plafond très bas, des orages relativement violents et surtout le givre. A relever que la présence de ce dernier élément n’était pas rare mais pas évidente en plein mois de juillet.

Alors qu’ils approchaient la région entre Dijon et Belfort, les ennuis commencèrent pour notre équipage : de fortes turbulences dues aux orages secouèrent l’appareil, le « top » des nuages s’éleva à tel point que le navigateur ne put plus utiliser les étoiles. Sans repères visuels extérieurs, Arthur Jepps dut continuer sa navigation avec carte et chronomètre. Comme il se basait sur des pronostics de vents erronés, il ignorait qu’ils avaient été poussés bien plus au nord que prévu.

Dans le même temps, le pilote, Horace Badge, et l’ingénieur de bord, Robert Wood, constatèrent la présence de givre : l’indicateur de vitesse ainsi que l’altimètre étaient tombé en panne. La situation devenait critique : alors qu’ils devaient bientôt franchir la barrière des Alpes, cette avarie les forçait à perdre de l’altitude. En effet, la descente dans des couches d’air plus chaudes devait permettre à la glace de fondre et ainsi ils auraient pu récupérer les indications vitales de leurs instruments de bord.

Arrivés sur la frontière suisse, ils aperçurent la pointe d’un lac qu’ils identifièrent comme la pointe du lac Léman. Ainsi, l’équipage estima qu’ils devaient se trouver dans la région du principal point de passage prévu au plan de vol : le lac d’Annecy. Cependant, à mesure que le temps passait, aucune trace de ce point de repère ! A ce moment-là, ils décidèrent de revenir sur leurs pas pour retrouver ce lac, dernier point de repère avant l’objectif.

C’est ainsi qu’ils amorcèrent un large virage à droite dans la vallée du Rhône et commencèrent leur lente descente. Une fois le sol en vue, ils prirent le cap inverse jusqu’à un lac qu’ils identifièrent par erreur comme le Lac d’Annecy. Ils décidèrent alors de reprendre leur route pour Turin en obliquant vers le sud-ouest au cap 145°. Cependant, comme le Lac Léman est beaucoup plus large que celui d’Annecy, ils furent pris d’un doute et décidèrent de lancer une fusée éclairante afin d’identifier le territoire se trouvant sous leur appareil.

Perdu dans cet orage, dans le noir total, certainement toujours privés d’instruments de bord  essentiels et sous la pression générée par cette situation d’urgence, tous les éléments étaient rassemblés pour que l’équipage subisse une désorientation spatiale. Et c’est ainsi, ils ne virent pas la masse du Mont Grammont leur faisant face qu’ils percutèrent de plein fouet, plus de 1'000 mètres en-dessous de son sommet.

En définitive, il ressort qu’Horace Badge et son équipage avaient bel et bien décidé d’aller jusqu’au bout de leur mission. Ainsi, ils firent preuve d’un sang-froid exceptionnel en conservant la totalité de leur charge de bombes, luttant contre les éléments naturels. Malheureusement, le sort en avait décidé autrement.       


Christine Dashwood, nièce de Horace Badge raconte :

« on his last home leave, he made the effort of calling on everyone he knew, as if to make the point that he might not come back. »



Longtemps encore, cet accident a laissé une marque sur les pentes du Grammont. Même plus de soixante ans après les faits, la cicatrice n’est toujours pas refermée dans le cœur des familles des disparus. Cette histoire est leur histoire et leur est dédiée.


"Que la terre de notre pays leur soit douce et légère
et que sur leurs tombes le vent du ciel leur apporte le souvenir de leur patrie lointaine."

Jean Broccard, Le Confédéré, 16 juillet 1943

 
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